Les Origines de l'homme

 

La Préhistoire mais qu'est-ce ? Des millions d'années durant lesquelles notre espèce, "le genre Homo", s'est différenciée peu à peu de la branche des Primates sans queue dont nous faisons partie, vivant notre propre évolution, laissant les Panidés (chimpanzés) vivre la leur.
Bien sûr, reconnaître cette filiation n'a pas été simple ! Il a fallu que l'homme se départisse d'un sentiment de supériorité, et accepte que toutes les mythologies qui ont servi à expliquer ses origines ne soient que des visions mystiques, des métaphores, qui n'auraient jamais d'explication scientifique. En 1800, Lamarck à la suite de travaux minutieux découvrit une filiation entre les espèces passées et présentes. Il en conclut que les espèces dérivaient les unes des autres. Cette théorie, "l'évolutionnisme" fut reprise et développée par Darwin. Pour lui l'évolution devait mener vers des espèces de plus en plus évoluées, l'homme étant l'ultime degré de cette chaîne. Cette théorie explique les processus évolutifs en attribuant une place prépondérante à la sélection naturelle à laquelle s'ajoute un facteur chance : (des événements imprévisibles et indépendants des traits génétiques des populations, vont pouvoir orienter le cours de l'évolution). Déjà il notait une filiation entre le singe et l'homme. Tollé général certes et pourtant il se trompait, l'homme ne descend pas du singe, il est cousin, voire frère du chimpanzé !

Aujourd'hui on a abandonné l'idée d'une évolution en ligne droite allant du singe à l'homme -l'homme étant l'expression achevée de cette évolution-, et enterré l'idée du "chaînon manquant", sorte de "chimère" intermédiaire entre le singe et l'homme, pour la remplacer par la recherche du "dernier ancêtre commun" qui partage avec l'homme et le chimpanzé les mêmes caractères dérivés. C'est à dire l'ancêtre à partir duquel chaque groupe a donné naissance à une espèce à part entière, sans possibilité d'interfécondité entre elles. Le retrouver implique donc d'aller étudier aussi les chimpanzés. Des études ont permis de découvrir que nous avions 99% de gènes communs avec les Bonobos, (chimpanzés nains ou graciles), que ces singes partageaient avec nous, outre la bipédie, des comportements sociaux, cognitifs et émotionnels, que l'on croyait il y a encore peu, l'apanage de l'espèce humaine.

Quant au lieu de naissance de l'homme, le consensus semble se faire actuellement autour de l'Afrique tant à l'Est, —lieu des premières découvertes de fossiles, Lucy en particulier— qu'à l'Ouest avec les dernières découvertes de Toumaï et d'Orrorin, qui ont remis en question l'origine Est-africaine de l'Homme. (Haut de page)

Historique de la Préhistoire

La préhistoire a plus de cent cinquante ans. C'est en 1835, qu'un jeune médecin, le docteur Casimir Picard, présentait à la Société d'émulation d'Abbeville, présidée par le directeur des douanes Boucher de Perthes, poète et écrivain dilettante, ses premières remarques sur le caractère des "pierres taillées", silex jusque-là considérés comme des "céraunies" ou pierres de feu, qu'on croyait avoir été façonnées par la foudre. Quand il mourut, à 35 ans, en 1841, il avait si bien instruit et convaincu Boucher de Perthes que le fougueux douanier allait devenir le père d'une science entièrement nouvelle, mais qu'il eut grand peine à imposer.

En 1846, l'Institut dédaigna son manuscrit : "Antiquités celtiques et antédiluviennes". En 1847, le legs de ses collections fut refusé par cette institution. Il fallut qu'un docteur Rigollot, sceptique mais curieux, s'en allât faire des fouilles à Saint-Acheul dans la Somme, y découvrit des vestiges dits, depuis, "acheuléens", pour que son mémoire de savant convaincu commençât de retenir l'attention.

Ce n'est qu'en 1859 que Boucher de Perthes obtint l'acquiescement d'une mission anglaise où figurait John Evans, alors tout jeune, et Lyell qui écrivit la relation de la mission. La même année, l'Académie des Sciences fit enfin état des observations d'Albert Gaudry qui devait se placer parmi les plus marquants de nos paléontologues.

Toutefois, l'année suivante une communication d'Édouard Lartet sur "l'Ancienneté géologique de l'espèce humaine dans l'Europe occidentale" fut refusée par l'Académie. Pour que les travaux de ce dernier soient reconnus, il fallut attendre la publication de ses premières découvertes faites dans la vallée de la Vézère, aux environs immédiats du village des Eyzies. En 1869, Édouard Lartet était nommé professeur au Museum, il mourait quelques mois plus tard mais auparavant, en 1868, il avait pu connaître la découverte de l'homme de Cro-Magnon, dont son fils avait recueilli les ossements.

La partie était gagnée. Dans le monde scientifique alerté, les recherches et les découvertes se multipliaient. En 1856, le crâne de l'homme de Néandertal, vieux de quelque cent mille ans, était trouvé dans la vallée du Neander près de Dusseldorf. Surpris par l'aspect inattendu de ce crâne, certains voulurent en faire celui d'un anthropoïde anormal. En 1908, on trouva un squelette complet de ce type d'humain à la Chapelle-aux-Saints, d'autres furent également découverts à La Ferrassie et au Moustier dans la vallée de la Vézère. Tous ces fossiles attestaient l'existence d'un individu qui avait vécu en Europe, avant la venue des hommes de Cro-Magnon. En 1858, à Saint-Girons, Édouard Lartet exhumait un singe du pliocène (15 millions d'années) dont les caractères indiquaient une possible évolution vers l'homme.

En 1868 aux Eyzies, on déterra cinq squelettes de type moderne enfouis dans un terrain du paléolithique supérieur, c'est-à-dire de vingt à quarante mille ans de nous. On en trouva six autres à Menton en 1872 et 1873, du même type que les "Cro-Magnon", trouvés en Périgord. En 1901, à Menton on mit à jour "l'homme de Grimaldi" (une vieille femme et un enfant) . Auparavant en 1888, "l'homme de Chancelade", toujours en Périgord, avait été découvert. En cette fin de siècle nous étions donc en possession de nombreux représentants de l'espèce qui allait être appelée celle des "hommes modernes", les "homo sapiens", c'est à dire celle à laquelle nous appartenons.

En 1890 et 1891, Eugène Dubois découvrit à Java deux crânes et, en 1892, un fémur de pithécanthrope. C'était une sorte de grand singe qui pouvait dériver du dryopithèque et semblait évoluer vers l'homme. Sa capacité crânienne était de 900 cm3, alors que celle des singes anthropoïdes est de 600 et celle de l'homme moderne de 1400. En 1903, on trouva près de Pékin des molaires de son cousin, le Sinanthrope et à partir de 1927 on en trouva en grand nombre avec le concours, du Révérend Père Teilhard de Chardin.

En l'absence du "fameux chaînon manquant", on se réfugia dans le doute et on se moqua de ceux qui s'intéressaient sérieusement à ces histoires d'hommes-singes. Pourtant, de nouvelles découvertes ranimèrent les discussions, toutefois une chaîne discutable, possible cependant, s'établissait.

Entre les deux guerres et ces années dernières, les découvertes, en Afrique, d'une série de "singes" du tertiaire, à dents humaines, et surtout de l'Australopithèque aux caractères déjà hominiens, ont permis d'établir plusieurs filiations parallèles dont l'une, après maints avatars, aurait abouti au Néandertalien dont la race se serait éteinte sans successeur, et l'autre à l'homme actuel.

Les nombreuses découvertes de fossiles de nos lointains ancêtres : Australopithèques, Homo Habilis, Homo Erectus, Homo Neandertalensis et Homo Sapiens, c'est-à-dire nous-mêmes, ont permis de construire l'arbre phylogénétique des Hominidés. Arbre que chaque nouvelle découverte vient compléter, remanier, tout cela au rythme des territoires qui selon la configuration politique du moment, s'ouvrent ou se ferment aux archéologues, aux paléontologues et aux préhistoriens. Des théories, elles aussi précaires mais utiles car elles font progresser la réflexion, sont émises, fortement médiatisées, jusqu'à ce que la découverte d'un nouveau fossile ou de nouvelles traces d'occupation humaine ne remettent tout ou partie en cause.
Actuellement on place ce fameux "dernier ancêtre commun" autour de - 8 MA, période qui correspondrait en outre à de profonds bouleversements géographiques. (Haut de page)

Taxinomie

La définition de l'espèce est biologique : elle décrit des êtres qui vivent.

Une espèce est l'ensemble des individus dont l'accouplement d'un mâle et d'une femelle est capable d'engendrer des descendants interféconds. Le cas des individus atteints de stérilité est particulier : seuls les hybrides (c'est-à-dire issus de deux espèces différentes), en général stériles, parfois procréateurs d'individus toujours stériles, sont exclus de l'espèce.

On voit que cette définition s'applique mal aux fossiles : il est impossible de savoir si les individus à qui appartenaient les mandibules découvertes à Tautavel (Pyrénées orientales) et à Azych (Azerbaïdjan) pouvaient engendrer des descendants interféconds. Une définition morphologique de l'espèce vient donc suppléer à l'impossible expérimentation : les deux mandibules sont suffisamment contemporaines et ressemblantes pour être attribuer à une même espèce. Il est évident que les limites d'une espèce définie ainsi par des critères uniquement morphologiques sont délicates à déterminer, surtout si les objets à comparer sont aussi fragmentaires que les fossiles étudiés en paléoanthropologie : parfois seulement quelques phalanges et quelques morceaux de fémurs permettent de créer une nouvelle espèce dans la mesure où aucune espèce actuellement connue ne comporte d'individus morphologiquement assez ressemblants aux nouveaux fossiles à comparer.

On comprend bien ainsi que deux chercheurs pourront proposer deux classifications différentes : l'un verra une seule espèce polytypique (c'est-à-dire comprenant des individus très variables morphologiquement) là où un autre considérera qu'il s'agit de deux espèces différentes.

Si la définition de l'espèce est d'abord biologique, les autres niveaux de regroupement sont en revanche des conventions. Ce sont le genre, la tribu, la sous-famille, la famille, la superfamille, le sous-ordre, l'ordre. Ils sont définis principalement selon des critères morphologiques, mais également parfois génétiques. En effet depuis qu'est connue la proximité génétique entre l'homme, le gorille et le chimpanzé, ces singes ont été retirés de la famille des Pongidés pour être inclus dans celle des Hominidés. Les avancées de la génétique permettront peut-être un jour une classification plus proche de la phylogénie (c'est-à-dire de l'arbre généalogique).

 

d'après Pascal Picq

Tableau de

l'évolution humaine selon Yves Coppens

 


L'arbre des Primates sera sans doute encore modifié. Il ne ressemble plus à celui qu'avait dessiné Linné, qui avait pourtant déjà rapproché l'Homme du Chimpanzé en donnant à ce dernier le nom savant d'Homo troglodytes.

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Généralités

Nous faisons partie, avec les chimpanzés et les gorilles, du groupe des Hominidés. Les "grands singes" —comme on appelle parfois ces deux espèces— appartiennent à la famille des Paninés, tandis que les êtres humains ont droit à l'exclusivité de la famille des Homininés. Notre espèce est donc la seule représentante de son groupe. Et pourtant, il n'en a pas toujours été ainsi.

C'est avec le Proconsul ou Dryopithèque qu'apparaît le premier vrai anthropoïde (—20 à —10 millions d'années). Celui-ci va donner 2 lignées différentes. Une partie des Proconsuls va émigrer en Asie et donner les Ramapithèques. Ceux-ci vont donner à leur tour 2 lignées différentes : la première va évoluer en Orang-outan, il y a 12 millions d'années, la seconde donnera les Gigantopithèques. Les Orangs-outans ont seulement 4 mutations particulières, différentes du patrimoine génétique commun à l'autre lignée issue du Proconsul.

La lignée africaine du Proconsul va donner un ancêtre commun aux Gorilles (Pan gorilla), aux Chimpanzés (Pan troglodytes) et aux Hommes. En effet ces 3 groupes ont 7 mutations particulières en commun et 11 chromosomes non mutés identiques. Pour l'instant il n'existe pas de fossiles connus de cet ancêtre.

En observant le patrimoine génétique des Gorilles, Chimpanzés et Hommes, on s'aperçoit qu'en plus de la partie commune aux 3 groupes, il y a 2 mutations communes entre Gorilles et Chimpanzés et 3 autres mutations communes aux Chimpanzés et aux Hommes. Il n'y a pas de remaniements communs entre Gorilles et Hommes.

Si l'on regarde la répartition de ces groupes en Afrique, il y a 8 millions d'années, on s'aperçoit que les Pré-Chimpanzés ont la plus forte extension qui va du Nord-est du Cameroun jusqu'au Sud du lac Victoria. Cette répartition sépare les Pré-Gorilles à l'Ouest des Pré-Australopithèques (lignée aboutissant à l'homme moderne) à l'Est, dans la vallée du rift. On peut noter le rôle important du Sahara qui par son expansion empêche l'extension des grands singes. L'étendue la plus méridionale du Sahara a abouti à l'isolement complet des grands singes et des Australopithèques.

Cette séparation explique la répartition des mutations entre chaque groupe. Ces trois sous-espèces pouvaient encore se croiser, mais l'isolement géographique des Pré-Gorilles par rapport aux Pré-Australopithèques a empêché ces croisements.
Avec un isolement géographique et génétique grandissant, ces trois sous-espèces deviennent de véritables espèces vers 5 millions d'années avant J.C. Chaque groupe possède alors un lot de mutations spécifiques (6 pour les Chimpanzés et les Gorilles, 4 pour les Australopithèques).

Longtemps, l'orthodoxie scientifique a imposé l'idée —héritée de Lamarck— d'une évolution "linéaire", menant en ligne droite du singe à l'homme, aboutissement d'un processus d' "hominisation" orienté vers son apparition.

Bref rappel de la théorie de l'évolution

En 1800 Jean-Baptiste de Monet, chevalier de Lamarck s'érigea en faux face à la doctrine chrétienne et développa sa théorie de l'évolution. Si l'on s'en tenait aux textes bibliques, les créatures seraient toutes nées ensembles et aucunes d'elles n'auraient disparues depuis la Création. Dans ces conditions s'étonna Lamarck, comment vitalistes et créationnistes expliquaient-ils les fossiles et le fait que certains animaux n'aient pas été repris dans l'"Arche de Noé" ? Rigoureux dans sa méthode d'analyse, il en conclu que les postulats sacrés étaient des visions mystiques et ne trouveraient jamais d'explications logiques. Mais il n'imaginait pas combien son interprétation allait soulever une réaction épidermique chez certains intellectuels.

Lamarck rassembla une collection de plus de 6000 espèces vivantes et plus de 1000 espèces de fossiles d'invertébrés. C'est en décrivant et en classant lui-même ces échantillons qu'il découvrit une filiation entre les espèces passées et présentes.

Lamarck admettait l'idée que les espèces dérivaient les unes des autres : "la nature a commencé à l'aide de beaucoup de temps et de circonstances favorables [pour former] toutes les autres".

  • Hominoïdes: super-famille regroupant les Primates dépourvus de queue.
  • Hominidés: famille regroupant l'Homme, ses ancêtres et leurs collatéraux. Les Chimpanzés et les Gorilles sont inclus.
  • Homininés: sous-famille des Hominidés, comprenant les genres Homo et Australopithecus.

L'arbre phylogénique des Hominidés selon Michel Brunet

L'arbre généalogique des Homininés


Étude des fossiles

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L'East side Story


Rappel de cette théorie émise par Yves Coppens en 1981:

C'est une hypothèse géologique et génétique pour expliquer la séparation entre les grands singes et les premiers hominidés.

Il y a 8 millions d'années, vivaient sur l'est du continent africain de grands singes hominoïdes. Cette région du fait de la pression des plaques tectoniques était géologiquement instable. Une faille s'ouvrit du nord au sud, partageant en deux cette population. C'est ce que l'on a appelé la Rift Valley. Cette barrière naturelle a des conséquences sur le climat et la végétation. Elle bloque les perturbations qui viennent de l'ouest, les régions situées à l'est s'assèchent et la forêt tropicale disparaît pour laisser place à la savane et à la steppe.

Dans ces vastes étendues où l'arbre se fait rare, la vie devient plus difficile. Trouver de la nourriture demande de faire parfois plus de chemin, la bipédie est le moyen le plus rapide et le plus pratique, en plus elle augmente le champ de vision. De plus les végétaux riches en silice usent rapidement les dents. La sélection naturelle va faire son œuvre. Les individus arboricoles, aux dents couvertes d'une couche d'émail peu épaisse disparaissent, laissant la place à des bipèdes aux dents couvertes d'une épaisse couche d'émail : les Australopithèques font leur apparition sur la surface de la terre.

À l'ouest, pas de changement climatique, la végétation reste luxuriante et la nourriture abondante, la bipédie n'est donc pas indispensable. Cette population est l'ancêtre des grands singes actuels.


Que reste-t-il de cette théorie après la découverte d'Abel et de Toumaï ?

Réponse d'Yves Coppens

"L'isolement de l'Afrique orientale par l'action du soulèvement du Rift est incontestable et entraîne toutes les conditions à la constitution d'un isolat : les êtres ont un moindre choix d'alliance que ceux restés à l'extérieur. De plus ils ont été séparés de leur "patrie" par une coupure géologique".

Dans le n° 361 de "La Recherche" daté de février 2003, Yves Coppens reconnaît qu'il faut être raisonnable et que "l'East side Story", telle qu'il l'avait conçue, n'existe plus. Ce schéma explicatif de l'apparition de l'homme a duré vingt ans, comme les deux théories précédentes qui ont successivement placé l'origine de l'Homme, en Europe, puis en Asie. Il rappelle qu'il a voulu mettre en lien, les bouleversements climatiques survenus vers —8Ma, et la séparation entre les grands singes et les premiers ancêtres de l'homme, et si ce facteur n'entre pas en jeu de façon aussi "simpliste", il reste toutefois important.

Quoiqu'il en soit, pour Yves Coppens, l'Homme est "un être de savane", et celà ne peut être remis en cause. Pourtant certains chercheurs pensent que la bipédie a pu survenir dans les forêts, voire qu"elle pourrait être ancestrale et "oubliée" par certaines espèces au décours de leur évolution.

Réponse de Michel Brunet découvreur de Toumaï

"Avec la découverte de Toumaï, on peut penser que les premières phases de notre histoire se sont déroulées en Afrique, dans une région qui comprenait le Sahel et l'Afrique orientale".

 

Pour une "conclusion" provisoire...

Aujourd'hui on a abandonné l'idée d'une évolution en ligne droite allant du singe à l'homme —l'homme étant l'expression achevée de cette évolution—, et enterré l'idée du chaînon manquant, sorte de "chimère" intermédiaire entre le singe et l'homme, pour la remplacer par la recherche du "dernier ancêtre commun" qui partage avec l'homme et le chimpanzé les mêmes caractères dérivés. C'est à dire l'ancêtre à partir duquel chaque taxon a donné naissance à une espèce à part entière, sans possibilité d'interfécondité entre elles. Le retrouver implique donc d'aller étudier aussi les chimpanzés. Pascal Picq, entre autre, l'a fait et des études ont permis de découvrir que nous avions 99% de gènes communs avec les Bonobos, (chimpanzés nains ou graciles), que ces singes partageaient avec nous , outre la bipédie, des comportements sociaux, cognitifs et émotionnels, que l'on croyait il y a encore peu, l'apanage de l'espèce humaine.

Ce changement d'orientation dans la recherche de nos origines, est lié à une façon différente d'envisager l'évolution, avec le passage d'une systématique évolutive (Lamarckisme ou néo-Darwinisme) qui explique les processus évolutifs en attribuant une place prépondérante à la sélection naturelle à laquelle s'ajoute un facteur chance : (des événements imprévisibles et indépendants des traits génétiques des populations, vont pouvoir orienter le cours de l'évolution), à une systématique phylogénétique, c'est à dire cladistique. Dans cette approche, on cherche d'abord les parentés entre les groupes et on en déduit ensuite des processus évolutifs.

"Depuis 30 000 ans, il ne reste plus qu'une seule espèce d'homme, d'homininés : Homo sapiens. Notre évolution depuis les hominoïdes jusqu'à 30 000 ans a été placée sous le signe de la diversité du buissonnement et ce n'est que depuis 30 000 ans qu'il ne reste qu'une seule espèce. Et c'est sans doute cette survie d'une seule espèce parmi un grand nombre qui se sont éteintes qui a accrédité l'idée fausse d'une succession linéaire, modèle, associée à une autre idée fausse : la marche vers le progrès.

Nous sommes aujourd'hui 6 milliards (mais nous ne sommes qu'une seule et même espèce,) survivants d'une grande aventure. Enseigner l'évolution de l'homme ne doit pas être en dehors du temps présent. Le but n'est pas de remplacer les cosmogonies ou les autres représentations du monde mais de proposer une démarche scientifique qui amène une discussion et une ouverture sur le monde, avec un discours qui est un discours d'interrogation et pas un discours de vérité, discours qui change au fur et à mesure des découvertes et de l'émergence de nouveaux concepts. Ceci amène les paléontologues et les évolutionnistes à s'investir dans d'autres débats comme le développement durable, la biodiversité et l'avenir de l'homme en général". Pascal Picq (02/04/03)

De toute façon on pourrait dire : à suivre...

Dernière mise à jour le 11/09/04