Les outils de la Préhistoire

 

 

L'outillage retrouvé sur les sites archéologiques, est souvent la seule preuve tangible d'une occupation humaine. Alors essayons de comprendre ce qui est mis en oeuvre lors de la création et de la confection d'un outil, afin de mieux connaître nos ancêtres, et de mettre l'outil en relation avec les capacités cognitives, qu'il sous-entend.

"La taille est une activité sensorimotrice, c'est-à-dire qu'elle met en jeu une fonction intellectuelle et une fonction motrice. Pour la réaliser, un " équipement minimum " est nécessaire, à savoir : un cerveau, des yeux, 2 mains, un percuteur et de la matière première. Pour tailler, il faut une bonne opposabilité du pouce, cette condition est présente depuis les Paranthropes. Le matériel trouvé se situe dans la proportion de 90% en amont de l'espèce Sapiens. Dans les sites archéologiques d'Afrique on retrouve l'omniprésence de matériel datant des Paranthropes, qui étaient des Australopithèques robustes". Hélène Roche CNRS

Si le choc de deux pierres permet d'obtenir un éclatement non contrôlé, obtenir des éclats demande de contrôler le geste de frappe et de mettre en oeuvre tout un schéma opératoire : savoir où frapper, comment, selon quel angle, et savoir ajuster la force du coup. Il s'agira alors d'un éclatement contrôlé et le fractionnement se fera selon le mécanisme de fracture conchoïdale (en forme de coquillage). On en retrouve des manifestations sur des sites du Kenya datant de —2,3 MA.

Le geste fondamental nécessite une excellente coordination entre la main qui tient le bloc et celle qui tient le percuteur. L'enchaînement des gestes nécessite intelligence et dextérité. Or sur les chantiers archéologiques, la maîtrise de ces gestes est avérée depuis une époque remontant au moins à —2 MA, soit 300 000 ans avant Homo, c'est l'époque des Paranthropes.
Si l'usage de l'outil n'est pas le propre de l'homme, la fabrication d'outil à l'aide d'un autre outil, semble lui être réservée.

Le silex est le matériau le plus utilisé pendant la Préhistoire, il nécessite d'être fracturé, taillé pour que ses propriétés tranchantes puissent être utilisées. Cela requiert des connaissances et des savoir faire, afin d'obtenir les éclats recherchés, naturellement coupants.

On distingue :

"Le nucleus est le bloc de pierre initial choisi afin d'être fracturé, sur lequel, une fois fracturé, se lisent les traces de stades techniques, aboutis ou non.
L'éclat est le produit détaché du nucleus par fracturation. Il pourra être utilisé tel quel
étant donné le tranchant naturel de ses bords ou, au contraire, faire l'objet d'une reprise sur tout ou partie d'un bord ou d'un autre, opération dite de confection ou de retouche, pour mieux satisfaire aux buts recherchés". Eric Boëda (Paléo-technologie ou anthropologie des Techniques ? Janvier 2005)

Ceci posé, il n'en reste pas moins qu'il est difficile pour un oeil non averti, de différencier par exemple un "chooper" ou un "chooper-tool", c'est-à-dire un outil résultant d'une intention et confectionné dans un but précis, d'un vulgaire galet. L'archéologue va devoir mettre en jeu des techniques et des méthodes afin de donner ou non, à l'objet trouvé, son statut d'outil. Pour cela il doit commencer par une étude technologique.

L'outil fini résulte:

• d'un ou plusieurs modes d'action : le débitage, (l'éclat est le produit recherché), la retouche ou le réaffutage, le façonnage (le nucleus est le produit recherché, et l'éclat, un déchet de taille qui pourra éventuellement être utilisé),

• d'une ou plusieurs techniques :

la percussion directe avec soit

* un percuteur dur (pierre) : c'est la 1° méthode utilisée, elle a été utilisée durant toute la Préhistoire. La zone de percussion est reconnaissable et identifie le percuteur, en le différenciant d'une simple pierre. Les nucleus trouvés montrent une grande maîtrise du geste de taille et ce dès —2,3MA,

* un percuteur tendre (bois végétal ou animal). On obtient des éclats plus minces, ce qui facilite le façonnage. Cette méthode est attestée en Afrique à partir de —700 000 ans,

la percussion indirecte à l'aide d'un "punch" ou chasse-lame,

la pression à l'aide d'une béquille (ventrale, pectorale ou tenue dans la main),

• d'une ou plusieurs méthodes : le débitage d'éclats (type Levallois par exemple), le débitage laminaire.

Tout cela est organisé par un schèma opératoire antérieur à la fabrication, que nous devons comprendre afin de replacer l'outil dans sa lignée, étudier sa genèse, donc sa place dans la chaîne opératoire à laquelle il appartient, ce qui permettra de lui donner un sens et une cohérence.

L'identification d'un ensemble taillée se fera à l'aide de la lecture technologique, du remontage (quand le matériel le permet), de l'expérimentation (qui viendra confirmer ou infirmer un diagnostic technologique) et d'une technique appelée la "tracéologie", c'est -à- dire l'étude des stigmates laissées par les utilisations de l'outil sur le matériau (les actions de coupage, râclage...sont identifiées par des stries, les matières que l'on a travaillées par des polis). Le silex enregistre très bien ces traces, mais les matériaux plus grenus, volcaniques, du Paléolithique ancien ne gardent par de trace des actions faites sur eux.

La pertinence d'une analyse dépend aussi de notre propre maîtrise de ces chaînes opératoires.

Exemples de "remontage" de nucleus en partant de lames débitées

(Photo Marc Kério, Fouilles de la déviation de Bergerac, 2004)

Pour illustrer cet exposé technique (voir les faciès culturels)