Le peuplement de la Terre


L'environnement

Il y a six millions d'années, débute un âge glaciaire, dans lequel nous sommes encore actuellement. Cet âge glaciaire ne signifie pas couverture de glaces polaires et alpines pendant toute sa durée. Il y eut des fluctuations, avec des époques glaciaires d'environ 10 millions d'années, entrecoupées de régressions allant jusqu'à provoquer la totale disparition des glaciers. Chacune de ces époques se décompose en cycles glaciaires ou périodes glaciaires-interglaciaires, de 100.000 ans environ. Chaque cycle est constitué d'un couple glaciaire-interglaciaire, le premier de 80.000 à 85.000 ans, le second étant beaucoup plus court de 15.000 à 20.000 ans. A l'intérieur d'un cycle on constate des phases glaciaires de 10.000 ans et des épisodes de 1.000 ans. En Europe occidentale, la succession des cycles glaciaires Alpins est ainsi nommée: Donau, Günz, Mindel, Riss, Würm, tous qualificatifs tirés du nom du Danube et de ses affluents.

On a évalué que la calotte glaciaire couvrait par moments jusqu'à 30% de la superficie des continents durant le grand âge glaciaire. Une grande partie de l'Amérique du Nord et de l'Europe du Nord ont été périodiquement recouvertes par une immense masse de glace, qui à certaines époques, s'est étendue jusqu'aux grands Lacs actuels en Amérique, et jusqu'à Lyon pour l'Europe.

Vers —5 millions d'années, il y a réduction de volume, puis assèchement de la Méditerranée. Une poussée du Nord de la plaque africaine, contre le sud de la plaque européenne, a entraîné la fermeture du détroit de Gibraltar. Devenue une mer intérieure, comme la mer Caspienne, la Méditerranée s'est progressivement asséchée.

Voici le scénario communément admis, bien que sujet à discussions, jusqu'à 2004.

L'expansion d'Homo Erectus

Des hominidés du groupe australopithèque et du groupe homo étaient cantonnés en Afrique. Mais il y a environ 1.500.000 ans, des individus du genre homo se sont développés ailleurs qu'en Afrique. On pense que toutes les races de la terre sont issues de ce groupe.

Ce premier exode des hominidés hors d'Afrique par Homo Ergaster ou par une espèce très proche, même si sa date reste incertaine, se serait produit il y a environ 1,5 à 1,7 millions d'années. A cette époque, les paléontologues pensent que des hominidés avaient déjà atteint Java et la Chine. Des fossiles humains du genre "homo" y ont été découverts. Bien différent de l'Homo Habilis, ce nouvel être utilisait des outils bien mieux adaptés, —ceux de la civilisation acheuléenne, et surtout, il avait domestiqué le feu. Cela lui permettait de mener une existence nomade de chasseur-cueilleur.

En suivant la route des découvertes successives des fossiles humains, et des traces d'habitation humaine, outils, traces d'animaux découpés, on peut imaginer le scénario, de cette 1° migration.

—1,7 Ma, colonisation progressive de l'Asie par Homo Erectus
Il est parti du Kenya, de la région du lac Turkana. Que l'homme, à pied, ait pu franchir de si grands espaces, peut paraître surprenant certes, mais cela s'est fait sur plusieurs générations, à raison de faibles distances pour chacune d'elles. Il n'était donc pas nécessaire pour l'homme d'avoir préalablement développer la navigation pour entreprendre de si grandes migrations.

A cette époque, après un refroidissement général du climat, l'Homo Erectus, parti du Kenya, colonise progressivement l'Afrique de l'Est et du Nord, ainsi que l'Asie du Sud. On constate que des restes humains et des outils datant de cette époque se trouvent le plus souvent le long des grands fleuves, ou près des côtes, mais jamais au coeur des continents. Si un reste fossile d'un individu sur environ 5 millions parvient jusqu'à nous, on peut estimer à environ 20 millions, les hommes qui vécurent le long des côtes de l'Afrique de l'Est et en Eurasie du Sud et du Sud-Est sur une durée de 100.000 ans. Leur espérance de vie était d'environ vingt ans, comme le laisse supposer les ossements retrouvés qui appartenaient à des individus jeunes.

—1,6 Ma, période interglaciaire, puis glaciaire du Günz.

Homo Erectus, migre vers le Sinaï actuel, puis il arrive en Inde du Sud, transite par le Pont d'Adam, un chapelet de récifs reliant l'Inde, l'île de Ceylan et arrive à Java où fut trouvé le Pithécanthrope, au lieu nommé le Mont d'Adam.

—1 Ma, l'homo Erectus arrive à Java. On ne sait pas si c'est par voie terrestre sud asiatique ou maritime.

—700.000 ans l'Homo Erectus présapiens ou Atlanthrope vit en Algérie.

—650.000 ans l'Homo Erectus vit en Allemagne (une mâchoire humaine, plus vieux reste humain d'Europe l'atteste). La présence humaine en Europe, on pense autour de —900.000 ans, ne peut se déduire que par les outils trouvés.

—500.000 ans on trouve des galets aménagés par l'homme en Palestine. L'Homo Erectus est présent au sud de l'Angleterre.

—500.000 ans dans le Colorado, on découvre les plus anciennes traces de feu maîtrisé par l'homme, dans le nouveau monde.

"En Afrique, Homo Heidelbergensis, apparaît il y a 600.000 ans. Il y a 500.00 ans cette espèce était aussi présente en Europe et peut-être en Chine. En Europe, Homo Heidelgensis ou l'un de ses cousins, a engendré un groupe d'hominidés dont le plus connu est Homo Néandertalensis. Cette espèce aussi présente au Proche-Orient, a prospéré il y a 200.000 à 300.000 ans. A la même époque, les hominidés africains y ont évolué de façon indépendante, notamment Homo Sapiens.

Cette rapide description s'éloigne beaucoup de la théorie qui prévalait il y a 40 ans et qui stipulait qu'Australopithèque Africanus avait engendré Homo Erectus qui, lui-même avait engendré Homo Sapiens. La rénovation résulte évidemment des découvertes de fossiles effectuées au cours des dernières décennies." Yves Coppens

Carte

 

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La 2° migration, celle d'Homo Sapiens

Entre —200.00 et —100.000, Homo Sapiens remplace progressivement, Homo Erectus dans toutes les zones déjà occupées.

Pour rendre compte de ce 2° peuplement, deux théories se sont affrontées, chacune tentant d'étayer les postulats théoriques par les découvertes successives des fossiles, ou est-ce le contraire, les découvertes et les moyens de datations des fossiles humains étant de plus en plus nombreux, il a fallu trouver une théorie explicative. Examinons chacune de ces théories, puis essayons de faire le point, en ce milieu de l'année 2004.

  • Les données archéologiques, climatiques et géographiques

Il n'y a que deux routes pour sortir de l'Afrique subsaharienne et aller en Asie, l'une en suivant le corridor du Nil à travers l'Égypte vers le Levant, et l'autre en traversant l'embouchure de la Mer Rouge, puis en suivant les côtes d'Arabie vers le Yémen et Oman. Les déserts syriens et arabiques séparent l'Asie du sud, du Levant et de l'Europe. Donc prendre la route du Nord signifie que les émigrants ne peuvent qu'aller plus au Nord, vers l'Europe et le Caucase. Prendre la route du Sud oblige à continuer le long de la côte de l'Océan Indien vers l'Inde et l'Australie. S'il n'y a eu qu'un seul exode, il suffit de comparer les preuves pour chacune des deux routes et faire converger les dates.

L'archéologie et le climat favorisent la route du Sud. L'Australie a été colonisée 20.000 ans avant l'Europe. Toutefois la colonisation tardive de l'Europe tient aussi au fait que nos ancêtres ont dû "attendre", quelque part en Asie du Sud, par exemple dans le golfe arabique, que l'amélioration du climat les autorise à continuer leur trajet vers le Nord, jusqu'à la côte de la Méditerranée. A partir de là, ils ont pu entrer en Europe. Les preuves génétiques confirment ce retard.

D'autre part, entre —80.000 et —50.000 ans, le monde était plus sec qu'aujourd'hui. Le niveau des mers était plus bas, ce qui rendait le passage de l'embouchure de la Mer Rouge, moins hasardeux que la traversée du Sahara. Il y a 80.000 ans, de par cette sécheresse, la Mer rouge était plus salée, son embouchure plus étroite et l'évaporation plus forte, ce qui favorisait le passage.

L'argument le plus décisif est d'ordre génétique. Nous pouvons raisonnablement supposer que notre groupe venu d'Afrique a laissé des traces de ses premières ramifications. Il n'y a aucune preuve de cela, le long de la route du Nord. Par contre on y trouve des branches génétiques dérivées datant de moins de 50.000 ans, ce qui conforte l'idée d'une colonisation plus tardive. D'autre part, la branche génétique la plus ancienne est absente. Sur la route du Sud, en Inde, on trouve toutes les premières branches génétiques extérieures à l'Afrique, avec une grande diversité.

  • Les données génétiques

L'étude des groupes sanguins a permis de construire des "familles", puis les recherches se sont concentrées sur le fait que de tous petits éléments d'ADN ne souffrent pas du brassage des gènes au moment de la fécondation, et passent intacts, de génération en génération. L'un d'eux est le chromosome Y qui se transmet de père en fils. L'autre est l'ADN mitochondrial qui se trouve dans le cytoplasme de nos cellules, en particulier dans celui de l'ovule, et donc, transmis de mère en fille. En étudiant les chromosomes Y et l'ADN mitochondrial de milliers de personnes vivantes, les généticiens ont construit deux arbres familiaux qui remontent chacun à un seul ancêtre commun pour l'ensemble de l'espèce humaine. Tous les humains actuels descendraient donc d'une seule ancêtre africaine, appelée Eve, par les médias. Les mutations ayant lieu au hasard, mais à intervalles réguliers, il a été possible de dater chaque branche ainsi que la base de l'arbre. Des recherches plus récentes ont confirmé qu'un seul groupe humain ait pu sortir d'Afrique et coloniser le reste du monde.

Si l'on peut affirmer que les Européens, les Chinois, les Asiatiques, les Australiens et les natifs d'Amérique, descendent de ce groupe initial, les relations entre chaque groupe sont plus complexes à établir, car un arbre généalogique mitochondrial ressemble en fait, à un ensemble de rameaux de lierre rampant et s'étalant sur toute la terre.

Les dernières ramifications observées dans les différentes régions nous informent d'où les populations ont migré et où elles sont allées. Mais les dates obtenues sont approximatives.

  • Date et départ de cet "exode"

La dernière extension pose problème, entre le Timor et l'Australie, il y a 500km de mer. Mais il y a 70.000 ans, une importante glaciation a emmagasiné assez d'eau pour baisser le niveau de la mer de 80m, mettant les côtes du Timor à environ 160km de l'Australie. Les données archéologiques suggèrent que c'est la seule période où ils ont pu traverser, car les objets en pierre retrouvés, datent de —70.000 ans. L'arrivée en Malaisie, il y a 74.000 ans et en Australie, il y a 70.000 ans donne raisonnablement la date de —80.000, pour la sortie d'Afrique.

Cette théorie établissant l'origine africaine de l'humanité et de la conquête du monde par un seul groupe est appelée "sortie d'Afrique" ou "Jardin d'Eden".

(Traduction de l'article faite par Mme Nicole BOUANT)

 


Il est certain qu'il sera nécessaire d'étayer la thèse du monogénisme par de nouvelles découvertes archéologiques pour la rendre incontournable. Mais il semble bien, en confrontant toutes les données, qu'un noyau initial, issu d'une région comprise entre l'Afrique orientale et l'Asie occidentale, doté d'avantages biologiques et culturels qui sont les nôtres, ait progressivement occupé l'ensemble de la planète.

Cependant, il convient de rester prudent: il ne peut être question d'un mouvement régulier. La différenciation des populations a été soumise à des perturbations parfois considérables: invasions, épidémies, climats variés, barrières naturelles (variations du niveau de la mer; infranchissables barrières de froid pendant la dernière glaciation, comme l'inlandsis canadien ou les Alpes), innovations techniques (navigation) ou culturelles. Il est donc difficile de définir les "marqueurs" (génétiques, linguistiques ou autres) permettant de retrouver les origines et les migrations de l'homme moderne. (D'après Yahoo encyclopédie, 2001).

  • Le polycentrisme ou le polygénisme.

Cette théorie monocentriste ne fait pas l'unanimité, un certain nombre de généticiens, et surtout d'archéologues, n'admettent pas la thèse du monocentrisme (ou monogénisme: une seule source originelle de l'homme moderne), fondée sur la biologie moléculaire. Ils soutiennent au contraire que l'homme actuel a une origine multiple: c'est la thèse du polycentrisme ou polygénisme.

Elaborée en 1984 par M. Wolpoff, cette thèse envisage l'apparition de l'Homme moderne comme le résultat d'une évolution parallèle et indépendante des diverses souches d'Homo Erectus, dans les différentes parties du monde. Milford Wolpoff situe cet événement très tôt, autour de 800.000 ans. Les particularités morphologiques du type d'Homo Erectus, nommé sinanthrope ou homme de Pékin, âgées de 500.000 ans, rappellent étrangement les particularismes de l'homme asiatique d'aujourd'hui. Elles accréditent cette thèse du multirégionalisme.

Les arguments avancés par les tenants du polygénisme sont d'ordre génétique et archéologique. Les critères chronologiques ("horloge moléculaire") avancés par les généticiens n'auraient à leurs yeux aucune fiabilité car les études ne portent pas sur des séries significatives et des populations assez représentatives.

"Rappelons ce qu'on entend par "horloge moléculaire". On a découvert en effet que certains gènes évoluaient à une vitesse constante, indépendante des fluctuations de l'environnement: c'est bien sûr le cas des "gènes silencieux" (pseudogènes, introns…) qui ne s'expriment pas et se transforment totalement au hasard, mais il semblerait que ce soit aussi le cas d'autres, comme par exemple le cytochrome C de l'ADN mitochondrial ou la formule de l'hémoglobine.

En comptant les différences génétiques entre deux organismes et en partant du principe que l'ADN évolue à une vitesse constante (ce qui n'est bien sûr pas toujours vrai), on peut savoir depuis combien de temps les deux espèces ont divergé —et donc dater leur dernier ancêtre commun".

De plus, un certain nombre de documents archéologiques montrent que, en Asie et en Australie, le passage d'Homo Erectus à Homo Sapiens aurait pu se faire localement: les restes osseux, les traces des industries indiquent qu'il n'y a pas eu de discontinuité entre les hommes et les cultures de ces régions.

Les ultimes analyses de l'ADN de l'Homme de Mungo, (le plus ancien Homo Sapiens, retrouvé en Australie) pourrait venir étayer cette thèse.

"Ce fossile vieux de 600.000 ans, retrouvé en 1974 en Australie, commence seulement à livrer ses secrets. Ainsi, il aurait eu un ancêtre chinois. Grâce aux techniques de datation, il s'est révélé être le plus ancien échantillon d'ADN humain et montrerait que ce dernier est un descendant des Graciles. Ceux-ci se seraient mélangés, 40 000 ans plus tard, avec les Robustes venus de Java, dont les descendants actuels sont les aborigènes d'Australie. Selon l'équipe de recherche, l'Homme de Mungo était évolué, capable d'utiliser des outils de pierre, d'aiguiser des lances pour la chasse et la pêche. Il brûlait les corps des morts selon certains rites.

Les premiers migrants chinois sont arrivés en Australie il y a 70 000 ans, après être passés par les Philippines et le Timor. Selon l'équipe de recherche du professeur Thorne, ces migrants appartenaient à une race d'Homo Sapiens connus sous le nom de Graciles. Ces derniers possédaient un gène spécifique, aujourd'hui disparu.

Ces résultats plaident en faveur de la thèse selon laquelle l'humanité moderne a évolué vers une espèce unique simultanément à plusieurs endroits, à partir d'un ancêtre commun, Homo Erectus. Ce dernier est originaire du continent africain, qu'il aurait quitté il y a 1,5 million d'années. N'est pas contesté, donc, le fait que l'évolution du singe à Homo Erectus a bien eu lieu en Afrique. Par contre, l'idée que l'homme moderne est apparu uniquement sur ce continent est remise en cause." Isabelle Santos

De plus les tenants de cette hypothèse polygénique ne peuvent admettre qu'un seul groupe humain ait pu remplacer la population autochtone et qu'il n'y ait pas traces de métissage. Ils se questionnent sur le fait que les avantages des indigènes (climat, adaptation aux conditions locales, nombre…) n'aient pu empêcher leur rapide et totale disparition.

"Ceci souligne en fait simplement que le schéma de l'hominisation n'a rien de linéaire. Finie la vision de silhouettes se redressant peu à peu pour aboutir au triomphe de l'homme moderne. Elle laisse place à une image mosaïque, peuplée d'individus ni tout à fait semblables ni tout à fait différents. Un buisson d'espèces aux caractéristiques variables, plus ou moins bipèdes, plus ou moins arboricoles, où se dissimulent encore nos ancêtres possibles. L'enquête se poursuit. Et la recherche continue à s'interroger pour tenter de résoudre une des plus grandes énigmes: qu'est-ce que l'homme?" Isabelle Santos, 2001

Expansion d'Homo Sapiens

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Conclusion

Chaque découverte d'un nouveau fossile, chaque nouvelle étude génétique modifie d'année en année nos connaissances sur l'évolution de l'homme. Après avoir été considérés comme des individus anormaux, nos ancêtres ne durent une reconnaissance qu'au statut de "race d'avant le Déluge". Au XIX° siècle, la théorie de l'évolution commence à s'imposer, en même temps que débute la quête d'un "chaînon manquant" entre les singes et l'homme. Ce dernier fut longtemps considéré comme le produit final d'une évolution linéaire allant du singe à l'homme moderne en passant par les Australopithèques, Homo habilis et Homo erectus. Aujourd'hui, notre arbre généalogique est plutôt envisagé comme un buisson avec de nombreux rameaux ne menant nulle part, l'Homme moderne étant un miraculé de cette évolution buissonnante. Les méthodes actuelles de fouille et d'exploitation des résultats n'empêchent pas —heureusement— de nombreux débats concernant les limites des différentes espèces et la nature-même de l'évolution humaine: la théorie de l'Arche de Noé a ainsi un temps remplacé celle du Déluge. Mais les recherches se poursuivent, et de nouveaux ancêtres, de nouveaux arbres généalogiques sont attendus. (Extrait du site "ma préhistoire")

Qu'en est-il de ces controverses ?

Texte copié sur le site Internet :

http://site.voila.fr/levolution/homo_sapiens_idaltu.htm

"Une découverte récente, courant 2003, apporte semble-t-il une réponse "définitive" (?).

Dans le dernier numéro de la revue Nature, l'anthropologue américain Tim White vient de publier un article où il affirme avoir découvert le plus ancien fossile de notre espèce, homo sapiens.

Le fossile le mieux conservé d'Homo
Sapiens Idaltu.

(d'après Tim White et al., Pleistocene Homo sapiens from
Middle Awash, Ethiopia, Nature 423: 742-747 (2003))

Au-delà du simple record, cette découverte possède plusieurs implications scientifiques de premier plan.

Tout d'abord, elle ancre de façon indubitable l'origine —unique— d'Homo Sapiens dans le continent africain: Homo Sapiens Idaltu (nom de la sous-espèce à laquelle ces fossiles ont été attribués,"idaltu" signifiant "aîné" en afar) provient en effet d'Ethiopie. Auparavant, les plus anciens Sapiens découverts étaient en effet israéliens; on pouvait les considérer comme des émigrants, provenant d'ancêtres africains et prêts à se répandre dans le reste du monde, mais les ancêtres africains en question demeuraient introuvables, ce qui n'était pas sans poser problème aux spécialistes du problème, puisque les données génétiques montraient bien que l'origine de l'homme moderne était unique et se situait en Afrique.

La nouvelle découverte confirme, ne serait- ce que par son ancienneté (160.000 ans) et sa localisation géographique, le scénario "Out of Africa" selon lequel les plus anciens préhumains seraient apparus en Afrique. Il contredit donc toutes les hypothèses d'origine multirégionale d'Homo sapiens, selon lesquelles plusieurs populations d'Homo Erectus se seraient transformées en Sapiens dans le monde entier, indépendamment ou non. Sous sa forme la plus ancienne, aujourd'hui quasiment abandonnée, ce modèle multirégional postule carrément une origine polyphylétique de l'espèce humaine —autrement dit, différentes populations d'Erectus se seraient transformées simultanément et de façon totalement indépendante en Sapiens. Cette ancienne vision a bien entendu été occasionnellement récupérée dans une optique raciste (on pouvait affirmer que les différentes "races" humaines existaient bel et bien et possédaient une origine indépendante).

Le modèle "Out of Africa", selon lequel l'Homo Sapiens ne serait apparu qu'une seule fois en Afrique à partir d'Homo Ergaster avant d'émigrer dans le monde entier et d'y remplacer Homo Erectus (en s'hybridant éventuellement avec lui à de très rares occasions), est confirmé par toutes les études génétiques. Cependant, il entrait en conflit avec l'absence de fossiles intermédiaires entre Homo Ergaster et Homo Sapiens en Afrique et la présence de quelques rares Homo Erectus fossiles possédant quelques caractéristiques d'Homo Sapiens archaïques en Asie. Ce n'est plus le cas aujourd'hui: H. Sapiens Idaltu montre une mosaïque remarquable de caractères d'Homo Sapiens bien affirmés, mais aussi de caractères d'Homo Ergaster, son ancêtre putatif. L'origine de l'homme moderne est donc bien unique et s'enracine sans le moindre doute possible au sein d'une population d'Homo Ergaster africains. Savoir si les premiers Sapiens, en émigrant, se sont occasionnellement hybridés avec les autres Hominidés qui se partageaient la planète à l'époque (Homo Erectus et l'homme de Néandertal) demeure une question ouverte.

Lors d'une étude célèbre, Michael Benton a montré que la concordance entre les données paléontologiques et les données génétiques était d'autant plus importante que les fossiles étaient abondants. Cette découverte, après plusieurs autres, confirme donc que, plus les découvertes s'accumulent, plus les fossiles et les gènes tendent à raconter l'évolution de la même manière".

Ce schéma résume ces différents points de vue :

Conclusion provisoire...

De nouvelles découvertes de fossiles ou de lieux d'habitat, souvent liées à l'ouverture de territoires jusqu'alors inaccessibles pour des raisons politiques nous incitent à être moins affirmatifs dans nos conclusions. Il reste beaucoup de questions encore non élucidées, même si des certitudes jalonnent le long chemin de la découverte de nos origines. D'autre part l'ouverture de la Chine au monde occidental, les découvertes récentes que des équipes de chercheurs plurinationales, y ont faites, questionnent nos théories d'autant plus que la Chine, s'appuyant sur ces résultats, conteste fortement la théorie monocentriste, allant même à l'extrême, proposer une origine chinoise de l'homme. Un autre scénario se met en place et vient remplacer le modèle ci-dessus exposé. La découverte de l'homme de Dmanissi, le plus vieil européen actuellement connu, a lui aussi contribué à bousculer ces données.

"La première question est de savoir de quand date le plus ancien site actuellement connu hors d'Afrique. La réponse est définitivement provisoire et ne reflète que l'état des découvertes de terrain qui ont récemment bouleversé les scénarios proposés jusqu'alors. Au début des années 90, dans le site de Dmanissi en Géorgie, de nombreux restes humains très bien conservés ont été mis au jour. Avec des datations aux alentours de —1,8 à —1,7 Ma, ces fossiles ont fait faire à la première trace de déploiement hors d'Afrique, un bond dans le temps de plusieurs centaines de milliers d'années. On a longtemps pensé que les premiers à avoir quitté le continent africain étaient les Homo erectus, qui apparaissent vers —1 Ma. Mais les découvertes faites à Dmanissi viennent bouleverser cette idée. Deux crânes découverts en 2000 sont en effet plus proches des crânes d'Homo ergaster (à partir de —1,8 Ma), que de ceux des Homo erectus asiatiques plus récents. Un troisième crâne, découvert l'an dernier, présente quant à lui une morphologie proche de celle des Homo habilis (à partir de —2,4 Ma) une espèce qui pourrait être l'ancêtre des Homo erectus et que l'on croyait jusqu'alors exclusivement africaine. Le déploiement hors du continent africain aurait en fait pu se faire dès l'époque des Homo habilis". Sandrine Prat

 

 

Homo georgicus ou Homme de Dmamissi

 

Dernières nouvelles (Novembre 2004):

En ce mois de Novembre 2004, de retour d'une mission de fouilles en Chine, Éric Boëda (archéologue, préhistorien et professeur à Paris X) annonce la mise à jour de vestiges vieux de plus de —2Ma, parlant même de —2,3 à —2,7Ma. Ces dates remettent en cause les schémas précédents du peuplement de la terre. En particulier la date jusqu'alors avancée de la sortie d'Afrique se trouve considérablement avancée (presque d'1Ma). Homo n'aurait donc pas migré quand il se serait techniquement senti capable d'assurer sa survie, mais quand le besoin ou l'occasion s'en seraient présentés. Il a peuplé progressivement et irrégulièrement toutes les terres habitables, tout en restant aussi en Afrique. On soupçonnait déjà que l'hypothèse d'un homme possédant un gros cerveau ait seul pu entreprendre cette migration, n'était pas exacte, ces faits récents le confirment.
Dans ces sites donc fouillés ce dernier mois, à côté d'ossements d'animaux, découpés, dépecés et non charognés, on a trouvé des outils frustres mais très efficaces (tranchant et dos aménagés). La matière de ces outils introuvable à 25 Km alentours, prouve qu'ils ont été apportés dans un projet précis.

Lors des autres communications de cette année, Éric Boëda laissait déjà entendre que certains sites sur lesquels il travaille, étaient antérieurs à la date avancée de la sortie d'Afrique. Dans le courant du mois dernier, les faits sont venus le confirmer.

Comme en Afrique, cet Homo (Habilis, Ergaster, Erectus ?) aurait évolué vers Homo Sapiens.

Une publication dans une revue scientifique donnera les résultats de cette dernière mission de fouilles au Nord de la Chine, en collaboration avec les archéologues chinois.

L'Europe quant à elle a vu apparaître Homo Sapiens, né en Afrique et venu du Proche Orient, vers —45000 ans. Nous en sommes les descendants.

Ces découvertes remettent en cause les données communément admises quant au peuplement de la terre. Elles rappellent que les théories —même si elles s'appuient sur des moyens techniques sophistiqués : analyse de l'ADN, imagerie médicale...— sont utiles (elles font progresser la réflexion) et opératoires jusqu'à ce que la découverte d'un nouveau fossile ou de nouvelles traces d'occupation humaine ne viennent les questionner voire les contredire. A suivre...

Dernière mise à jour 27/12/04

Bibliographie