La grotte de Font-de-Gaume.

 

Vue de la falaise de Font-de-Gaume, (l'entrée de la grotte se trouve à mi-hauteur)

C'est une des rares grottes ornées encore ouverte au public.
Elle offre un bel ensemble de gravures et de peintures polychromes, datant pour la plupart de l'époque magdalénienne (-12 000 ans)
Des silex taillés (burins, racloirs, lames), des lampes à graisse et des " crayons " de couleurs, retrouvés lors des fouilles, mais aussi, hélas des graffiti qui parfois mutilent les peintures, témoignent d'une fréquentation continue, du Moustérien à nos jours.
Elle n'a jamais été habitée. Les fouilles effectuées ne révèlent aucune trace d'occupation permanente.

L'entrée est située à flanc de falaise. On y pénètre par une entrée étroite. Un long boyau de 130 mètres, faiblement éclairé au niveau du sol, offre quelques 250 représentations, les plus belles et les mieux conservées sont seules visibles.


Cette grotte, découverte en 1901 par Denis Peyrony, située à un kilomètre des Eyzies, à mi- hauteur d'une falaise, dans la vallée de la Beune, est un haut lieu de l'art magdalénien. L'ornementation commença vers -17 000, l'âge de Lascaux, mais la plupart des œuvres se situerait du quinzième au douzième millénaire.
Elle se présente comme un boyau, orné sur toute sa longueur, surtout après la partie resserrée appelée le "Rubicon", point à partir duquel, les deux parois portent en miroir le dispositif pariétal, De longues frises d'animaux, dans lesquelles le bison prédomine, occupent les conques, les aplats ou les reliefs des parois à hauteur d'homme. L'étroitesse de la galerie ne permet pas au visiteur une vision globale de la décoration que l'on découvre au fur et à mesure de la progression. Toutefois quand la galerie s'élargit au carrefour, elle permet alors découvrir la totalité de l'espace faisant face à la galerie latérale, en particulier le panneau dans lequel est représentée "la Parade des rennes". Dans l'étroite absidiole qui termine cette galerie, l'œil peut englober la totalité de la fresque tournoyante des bisons, gravés sur la voûte. Le diverticule final est lui aussi orné, mais d'un accès difficile, il ne fait pas partie de la visite. On y remarque un rhinocéros laineux, un anthropomorphe


Le bestiaire de la grotte est riche en représentations animalières, dont les bisons qui sont peints en noir ou en rouge, souvent bichromes et parfois surgravés que l'on retouve en longues frises tant sur la paroi gauche que sur la paroi droite. Les Préhistoriques ont souvent habilement utilisé le relief naturel pour rendre le modelé de l'animal, qui parfois atteint des dimensions inhabituelles comme c'est le cas du grand bison rouge de la paroi gauche, porteur de tectiformes, qui mesure 2 mètres 10 de long. Denis Vialou dénombre quatre-vingt-dix représentants de cette espèce. Les mammouths, souvent proches des bisons, sont d'une facture différente, ils sont gravés et rappellent ceux de la grotte de Rouffignac, aux dires de l'abbé Breuil. Vers le carrefour, aux bisons succèdent de petits mammouths finement gravés puis deux magnifiques rennes se faisant face. D'après leurs bois et leurs attitudes, on peut supposer qu'il s'agit de la représentation d'un mâle, peint en noir, et d'une femelle, le premier semble flairer la tête de la femelle agenouillée devant lui. Les couleurs dominantes sont le rouge et le brun et sont rehaussées de fines gravures. Sur le corps de la femelle, un mammouth sortant, peu visible est finement gravé.Le cheval est aussi souvent représenté.Bisons, mammouths, rennes et chevaux forment l'ossature du bestiaire de Font-de-Gaume, dans lequel viennent s'ajouter quelques représentants d'espèces plus rares : un félin et deux rhinocéros laineux, mais aussi un grand nombre de signes organisés ou non.
Le bison est l'animal emblématique de Font-de-Gaume.

Parmi les signes complexes qui se mêlent parfois intimement aux représentations animales, on trouve les tectiformes, signes spécifiques au Périgord, dont Font-de-Gaume détient le plus grand nombre.
Ils sont au nombre de vingt-huit, certains d'autres eux ont disparu ou sont d'une lecture difficile. On retrouve ces signes essentiellement sur la paroi gauche de la grotte, rarement isolés, plutôt groupés par paire ou par frise de trois ou quatre, présents de l'entrée jusqu'au diverticule final. Ces tectiformes présentent toute la gamme des déclinaisons que les Préhistoriques ont habilement fait sur ce thème, aucune typologie n'est spécifique à cette grotte, toutefois c'est la seule des quatre grottes dites " à tectiformes "qui en possède autant répondant à la définition donnée par Henri Breuil, c'est-à-dire possédant à la fois cinq côtés, une base, un toit et un mât, de plus beaucoup d'entre eux montrent un remplissage parfois très élaboré. A proportion sensiblement égale, ils sont soit gravés soit peints -en rouge à une exception près-.
L'étude des liaisons thématiques des tectiformes avec les diverses catégories de représentations, montre qu'ils sont majoritairement associés aux bisons, viennent ensuite des associations avec un autre tectiforme, les mammouths, à proportion quasiment égale, puis des relations avec les rennes, les chevaux. Ces liaisons peuvent se faire de diverses façons, superposition, juxtaposition ou présence dans l'environnement proche ou visuel, c'est ainsi que dans le diverticule final, une paire de tectiformes se trouve à l'aplomb d'un rhinocéros représenté sur la voûte. Il est important de remarquer que si l'on additionne le nombre de relations avec un autre tectiforme à celui des relations avec un autre signe, le nombre obtenu, place ce type de relation en première place, donnant alors la primauté à une liaison avec une entité abstraite.
Très souvent un tectiforme peut se trouver en relation de proximité avec plusieurs catégories de représentations, selon des modes d'association différents. Ceci donne à penser que ces signes, pourraient ponctuer, voire organiser le discours symbolique qui s'exprime à travers cette ornementation de la grotte.

La grotte de Font-de-Gaume est proche de celle de Combarelles 1, ainsi que de Bernifal, toutes deux distantes de quelques kilomètres, mais aussi de Roufffignac certes plus éloignée, mais facilement accessible en longeant la voie naturelle que représente l'affluent de la Vézère qui découpe le plateau calcaire et la rejoint en amont des Eyzies. Font-de-Gaume semble avoir entretenu avec les populations vivant au voisinage de ces trois grottes, des relations culturelles étroites.

 

Après ces 45 minutes de dépaysement, retrouver la lumière et notre civilisation n'est pas évident !

 

Bison de la paroi gauche.

 

Frise des mammouths

Relevés de l'Abbé BREUIL dans "La caverne de Font-de-Gaume" 1910

 

"Parade des Rennes" (Carrefour, relevé de l'abbé Breuil)

 

Bisons avec tectiformes gravés (voûte de l'abside)

 

Bibliographie

Henri BREUIL
* " Reproduction des figures paléolithiques peintes sur les parois de la grotte de Font-de-Gaume (.Dordogne) ", 1903,
* " La caverne de Font-de-Gaume " Monaco 1910
* " Quatre cents siècles d'art pariétal " C.E.D.P. Montignac - 1952

Louis CAPITAN
* " Reproduction des figures paléolithiques peintes sur les parois de la grotte de Font-de-Gaume (.Dordogne) ", 1903, Bibliothèque de l'Institut de Paléontologie humaine

André LEROI-GOURHAN
* " L'art des cavernes. Atlas des grottes ornées paléolithiques françaises ", Paris, Ministère de la culture/Imprimerie nationale, Paris, 1984
* " Préhistoire de l'Art Occidental " Lucien Mazenod, 1965 (réédition et mise à jour: 1995).

Alain ROUSSOT
* ." La grotte de Font-de-Gaume " 1984, dans l'Atlas des Cavernes

Frédéric PLASSARD
* " Les tectiformes et les mammouths de Rouffignac et de Font-de-Gaume "
DEA Anthropologie et Préhistoire Octobre 2000

Denis VIALOU
* " D'un tectiforme à l'autre " 1986
* " Font-de-Gaume, construction et enjeux symboliques" Service du film de recherche scientifique.
* " Préhistoire, histoire et dictionnaire " 2004 Éditions Laffont